Le Collège d'oncologie et des experts ont rédigé des recommandations.
Une synthèse de la marche à suivre en l'état actuel des connaissances internationales.
Chaque année, les spécialistes sont confrontés à quelque 9000 nouveaux cas de cancer du sein en Belgique. On estime, en effet, aujourd'hui qu'environ une femme sur neuf sera tôt ou tard confrontée à cette maladie. Face à cette "épidémie", la recherche doit avancer. Mais alors que l'on progresse, encore faut-il s'accorder sur les meilleures approches, en matière de dépistage, de diagnostic ; de traitement et de suivi. Se basant sur une quarantaine de sources internationales récentes, le Collège d'Oncologie du SPF Santé Publique et le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) ont rédigé des recommandations nationales qui s'adressent aux professionnels. Explications des principales conclusions avec le Dr Joan Vlayen, co-auteur du rapport, médecin expert au KCE.
1 Dépistage. Recommandé tous les deux ans chez les femmes de 50 à 69 ans, le dépistage du cancer du sein par mammographie tel qu'il est préconisé dans le programme actuel reste justifié. A l'heure actuelle, il n'existe pas de preuves suffisantes pour recommander une méthode de dépistage autre que la mammographie (avec double lecture). Quant aux femmes plus jeunes pour lesquelles certains gynécologues notamment recommandent une mammographie et une échographie tous les ans dès la quarantaine, on ne recommande pas de screening généralisé en l'absence de problème. Il n'existe en l'occurrence pas d'évidence - based medicine - pour cela. En revanche, en ce qui concerne les femmes présentant un haut risque familial ou génétique, les experts recommandent un dépistage annuel avec mammographie et RMN tous les six mois. En outre, ils soulignent la nécessité d'une approche multidisciplinaire pour établir une stratégie de suivi individualisée et pour envisager la nécessité d'un traitement prophylactique.
2 Diagnostic et stades du cancer du sein. Basé sur le "triple assessment", le diagnostic de cancer du sein se compose d'un examen clinique, de l'imagerie (mammographie et échographie) et de l'anatomopathologie (biopsie). Tous les autres examens (RMN, pet-scan, scinti-mammographie) n'ont pas été retenus, à l'heure actuelle, par les experts comme examens de routine indispensables pour poser le diagnostic. Seules les patientes à haut risque génétique ou portant des implants, par exemple, pourront bénéficier d'une RMN.
Chez les patientes asymptomatiques avec un examen clinique, "il n'y a pas de preuve pour réaliser en routine avant de débuter le traitement une scintigraphie osseuse, une échographie du foie ou une radiographie du thorax", concluent les experts, "sauf s'il s'agit d'un cancer du sein au moins au stade II et/ou si un traitement néo-adjuvant est considéré". Pas plus qu'il n'existe de preuves suffisantes pour utiliser des marqueurs tumoraux pour établir le stade d'un cancer du sein. En revanche, on pourra recommander une échographie axillaire avec cytologie d'aspiration à l'aiguille fine des ganglions axillaires suspects de malignité. En cas de tumeur invasive de moins de 3 cm, "des données existent pour soutenir la réalisation de la biopsie du ganglion sentinelle, de même qu'en cas de carcinome canalaire in situ de haut grade, quand une mammectomie est programmée. Le pet-scan peut s'avérer utile en présence de métastases.
3 Prise en charge. En ce qui concerne le cancer du sein non invasif , les femmes présentant un carcinome canalaire in situ de grade élevé et/ou palpable et/ou invasif devront choisir entre une excision locale large ou une mastectomie totale, après avoir été correctement informées, indique le rapport. Après quoi, la radiothérapie et l'hormonothérapie peuvent être envisagées.
Pour les patientes présentant un cancer invasif non métastasé, la chirurgie d'épargne mammaire offre les mêmes chances de survie que la mastectomie radicale modifiée chez les femmes avec un cancer du sein de stade I ou II qui sont candidates pour une chirurgie d'épargne mammaire. Une radiothérapie adjuvante est indiquée après une chirurgie conservatrice du sein. Les experts précisent encore que le choix de la chimiothérapie adjuvante et/ou du traitement hormonal d'un cancer invasif sera basé sur la sensibilité hormonale, le profil de risque de la tumeur et l'âge de la patiente. "Nous disposons à présent d'un traitement adjuvant par trastuzumab, nous explique le Dr Vlayen, ce traitement nouveau mais très cher est indiqué pendant un an pour les femmes avec un cancer du sein HER 2 positif. En ce qui concerne la prise en charge du cancer du sein métastasé, les patientes ont le choix entre le traitement systémique avec chimiothérapie ou trastuzumab.
4 Suivi . On recommande un suivi tous les trois mois au cours de la première année, tous les six mois jusqu'à 5 ans après le diagnostic, et puis annuellement à partir de 5 ans après le diagnostic.